Iron Butt « Saddle Sore 1600k » défi relevé !

Il y a quelques semaines, j’écrivais un article sur l’association Iron Butt. Évidemment, ça m’a donné envie de tenter moi-même le challenge. C’est chose faite ! Le 6 novembre, je suis parti à 8h00 du matin pour revenir 17h45 et 1669 km plus tard. Défi Iron Butt « Saddle Sore 1600k » : Check ! Une super journée de moto !

Préparer son Iron Butt Challenge

Avant de monter sur sa moto et partir, c’est un défi qui se prépare. Plein de conseils existent sur internet, de récits, etc. Le site de l’association est bien fourni et explique les étapes clés pour réaliser son défi et le faire officialiser.

Il faut déjà savoir quel défi on souhaite relever. Il y en a effet un bon nombre qui sont consultables ici. Le plus connu est le SaddleSore ( en Français « selle douloureuse » ) 1600k : faire au moins 1600 km en moins de 24 heures.

J’avais reporté cette idée au printemps pour cause de mauvais temps annoncé et de période peu propice. Puis, quelques jours auparavant, une fenêtre de tir s’est dégagée et la météo annonçait une journée sans trop de pluie pour le 6 novembre. Bingo, je pars !

Un peu d’humilité ne fait pas de mal, pour le premier et vu qu’il fait déjà nuit à 18 heures en cette période de l’année, je me lancerai sur le « classique » défi Iron Butt : Saddle Sore 1600K, sans avoir les yeux plus gros que le ventre pour en tenter un plus hard. J’aurais aimé tenter un « bun burner  » ( brûleur de cul ) 2500k: Faire 2500 km en moins de 36 heures, mais je verrai ça pour un jour d’été…

choisir son itinéraire

Il y a deux choses importantes pour ce genre de défi:

  • Réaliser son défi. Évidemment me direz-vous.
  • Rester en vie. Elementaire me clamerez-vous !

Ne prévoyez pas de faire le trajet dans les cols des Alpes ou sur des chemins de terre remplis d’ornières. En France, rouler sur route limitée à 80 km/h limite sacrément les possibilités de finir à l’heure… J’ai choisi de partir de chez moi, à Thionville, dans le Nord-Est, et de descendre boire un coup chez des amis à Martigues, au bord de la mer. 810 km aller, 810 km retour ( en gros ). Avec des averses annoncées, des températures très automnales, et la nuit qui tombe très tôt, ce genre d’aller-retour par l’autoroute sera bien suffisant. S’il pleut trop la nuit, si j’en ai vraiment trop marre, je n’hésiterai pas à stopper. Surtout ne pas forcer pour ne pas risquer de se mettre en danger. Sur la route, ça ne pardonne pas…

Préparer de quoi certifier son défi

Encore une fois, tout est expliqué sur leur site. Il faut penser à pouvoir fournir des preuves. Les principales auxquelles je pense sont donc:

  • Numéroter et photographier chaque justificatif ( essence, péage, facture…) à côté du compteur de la moto pour prouver le kilométrage au moment où c’est fait. C’est pourquoi le départ « officiel » est la première station essence et non la porte de votre garage….
  • Préparer de quoi garder au sec tous ses documents, les carte bancaire, les stylos, etc. N’ayant pas de sacoche réservoir sur ma ténéré 700, ce sera cette fois-ci avec le sac congélation dans la poche que je ferai ça…
  • Préparer de quoi enregistrer son parcours. Soit avec votre GPS si vous le maitrisez et savez comment faire. Soit sur le site Spotwalla.com en utilisant une balise SPOT ou l’appli Bubbler GPS. Idéalement, faits les deux par sécurité.
comment fournir une preuve de son trajet d'iron butt
Les preuves indispensables pour prouver son trajet

Préparer sa moto pour un Iron Butt

Cela peut sembler évident mais parfois, un rappel ne fait pas de mal. Faites le tour de votre moto, refaites vos niveaux, la pression des pneus, inspectez vos plaquettes, tendez et graissez votre chaîne. Vous ne devez rien avoir à faire en mécanique pendant ces 24 heures.

Évidemment, je vais partir avec ma ténéré 700. Moto que j’adore et qui est déjà équipée d’une selle confort, bulle haute, poignées chauffantes et manchons.

Pensez aussi que pur lutter contre le froid, les gants chauffants, ou poignées chauffantes sont une bénédiction. Ajoutez-y des manchons et vous n’aurez plus froid aux mains, et vous serez mieux protégés en cas de pluie. L’esthétique, vous vous en inquiéterez une autre fois…

Vous pouvez aussi, pour pas très cher, acheter une rehausse de bulle si la votre n’est pas très grande. Ca limitera grandement la fatigue sur les cervicales.

Préparer le pilote pour un Iron butt

Il faut se préparer à lutter contre le froid pour faire 1600km
Il faut toujours être prêt à lutter contre le froid

Pas besoin d’avoir une préparation de marathonien, mais quand même… C’est une très grosse journée de moto. Si vous ne roulez habituellement que l’après-midi pour faire un tour, attendez vous à souffrir…

En plus de votre tenue de moto, dites vous bien que, même en été, vous aurez froid la nuit. Prévoyez de rouler avec votre tenue de pluie pour couper le vent.

Si vous avez des habits chauffants, c’est royal. Si, comme moi, vous n’en avez pas, la solution des chaufferettes n’est pas si mal. Deux petites dans les bottes, Quatre dans la veste et cette chaleur vous fera du bien au corps pour la fraîcheur nocturne.

Prévoyez aussi des habits de rechange afin de pouvoir vous mettre au sec après une grosse pluie. Vu les distances parcourues, la météo peut changer énormément entre les deux points les plus éloignés sur votre parcours.

C’est parti !

Le trajet aller, direction le Sud !

Mercredi 6 novembre, 7h45 : La moto est prête. Dans le top case, j’ai de quoi grignoter, boire de l’eau, quelques chaufferettes, des habits de rechange en cas de grosse pluie, un powerbank, et quelques autres bricoles.

prêt à partir pour un iron butt
départ pour 1600 km

Je me rends à la station la plus proche de chez moi pour faire le plein et donner donc le départ officiel de mon challenge. Kilomètre zéro. Le temps est gris, automnal. Je roule plein Sud en guettant le ciel. Je n’échappe pas à quelques gouttes par ci, par là, mais sans que ce ne soit la catastrophe. La météo annonçait des averses jusqu’à 10 heures, et ce jusqu’à Lyon.

Je prends mon premier ticket de péage au bout de 100 km. C’est l’occasion de se rôder. Prendre le ticket, se garer, sortir la pochette étanche, noter le numéro du ticket, faire une photo, ranger le tout, mettre un « checkpoint » sur ma position avec l’appli… J’en profite pour enfiler le reste de ma tenue de pluie que j’espérais ne pas sortir, sans trop y croire.

La matinée se déroule à 130km/h de moyenne, « sous une alternance d’averses et d’éclaircies« , comme dirait la dame de la météo. Autrement dit : je prends des averses sans jamais rester bien sec. Avec les températures qui peinent à dépasser les 10 degrés, c’est supportable mais ce n’est pas la fête. J’attends que le ciel se dégage. Dijon, Lyon, Valence.. La route défile mais les nuages sont toujours là et les averses jouent au chat et à la souris avec moi. Il faudra attendre Montélimar pour voir enfin le soleil du Sud. Les 200 derniers kilomètres du trajet aller se feront sous un soleil qui fait plaisir à voir et à ressentir ! Ciel bleu, 16 degrés, presque pas de vent, c’est les vacances !

Il faut penser à refaire le plein avant chaque changement de direction important. Dans mon cas, c’est mon point de demi-tour. Vers 16 heures je rejoins donc mes amis pour boire un café avec eux. C’est sûr, 800 km pour venir dire bonjour et repartir 45 minutes plus tard, ça peut surprendre…

Demi-tour et on rentre !

A 17 heures, il est temps de reprendre la route. La pluie est annoncée cette nuit et je m’attends à prendre cher. J’ai mis 8 heures pour descendre, sans réelle pause. Sans en ressentir le besoin non plus. Je suis frais comme un gardon et ce soleil efface de moi toute trace de fatigue. Ma ténéré est super confortable, autant que mes gros trails routiers précédents. La sensation de légèreté qu’elle dégage aide beaucoup à ne pas se fatiguer.

la ténéré 700 au bord de la méditerranée
Une photo au bord de la Méditerranée et on rentre !

Mais voilà…c’est l’heure de pointe et je peine à m’extraire des environs de Marseille. A 17h30, le soleil est très bas. A 18heures, les phares éclairent la route, la circulation est dense, il faut vraiment redoubler d’attention et rendre la main sur la vitesse. Mon cerveau doit s’habituer à évaluer la vitesse de nuit quand je regarde les phares dans les rétros. Autant que je dois me méfier des autres qui rentrent du boulot fatigués ou finissent de liker au volant…

Le retour de nuit

L’arrêt carburant de 19 heures est difficile. Cela fait une heure que j’accumule du froid et j’ai besoin de me réchauffer. J’en profite pour enfiler des couches en plus, installer les chaufferettes dans les bottes et dans la veste. Ces petites choses là sont une bénédiction ! Je n’ai pas de vêtements chauffants alimentés électriquement, ce serait sûrement encore mieux, mais je n’en ai pas.

Les kilomètres qui suivent seront plus faciles sans cette sensation de froid qui décuple la fatigue. Je décide aussi de contourner Lyon pour ne pas reprendre le tunnel sous Fourvières, et je contourne Lyon-centre par l’autoroute de Dole. Le trafic y est vraiment clairsemé.

La barre des 1000 km passe sans encombres. J’avais prévu un arrêt plus long, mais je revois mes plans. Je ne ressens pas le besoin de me reposer ou faire une sieste. Tant qu’il ne pleut pas, je préfère continuer au sec.

Vers les 1300 km, je suis sur le plateau de Langres. Sa réputation le précède. C’est brumeux, humide et la température descend jusque 4 degrés. Ça devient un peu limite et le froid s’immisce partout où il peut. C’est aussi une des plus grosses étapes, environ 250 kilomètres. Mais ce sera aussi le dernier arrêt ravitaillement. Après ça, il me restera moins de 200 km pour rejoindre Thionville.

Pause sur la route de l'iron butt
Il fait frais la nuit en novembre pour rouler à moto…

C’est aussi à ce moment que mon « Butt » devient « Iron », ou plutôt compote. Jusque là, toutes les heures je me mettais debout sur les repose-pieds, je faisais 15 secondes de moonwalk ( ou de danse de type « fortnite », ça marche aussi… ) et j’étais reparti pour 100 km assis comme dans un fauteuil. Maintenant, quand je me remets assis, j’ai envie de me relever… Le truc typique des dernières étapes de grands trajets que je ressens clairement bien.

Les derniers kilomètres se passent bien. J’ai guetté et attendu la pluie tout le retour et j’y ai échappé ! Tant mieux car si j’avais pris du mauvais temps, ça aurait été bien plus difficile… Pour autant, j’ai deux belles ampoules sur le bord de chaque paume de main. Sûrement dues au fait d’avoir serré fort les poignées chauffantes pour ne pas en perdre un seul degré. C’est une sacré belle virée mais j’aurais eu du mal à rajouter 5 ou 800 kilomètres. Mine de rien, j’ai accumulé du froid et de la fatigue. Il est quand même l’heure de rentrer…

Jeudi 7 novembre, 1h45 du matin : 1669 km et 17h45 après être parti, je fais le dernier plein qui sonne l’heure de la fin de mon défi.

Punition ou belle balade?

That’s the question !! Faire autant de kilomètres sur autoroute, ça peut sembler long et pénible. Mais où est-ce qu’il fait meilleur? Assis devant la télé? Rêver devant un bouquin de moto de pouvoir s’acheter une bécane? Ou avoir sa moto et rouler 1600km?

J’aime rouler. Même si c’est plus sympa de faire un col d’Auvergne, faire une journée de moto, une énorme journée de moto ne sera jamais une corvée pour moi…

Des conseils pour réussir son Iron Butt

Loin de moi l’idée de faire le donneur de conseils… C’est surtout du bon sens et chacun est libre de faire comme il le sent, mais:

  • Choisissez bien votre période pour partir. Le mois de Novembre n’est vraiment pas l’idéal pour profiter…
  • Soyez humble. Si la fatigue arrive, ne forcez pas. La route reste la route et l’erreur coûte très cher.
  • Luttez contre le froid. C’est l’ennemi la nuit. Même en été, l’humidité du matin peut vous faire accumuler du froid et de la fatigue.
  • Préparez votre parcours. Préparez son tracé ainsi que la manière dont vous allez le sauvegarder. Vous en aurez besoin pour demander votre certificat.
  • Lancez vous !! C’est un petit challenge personnel et aussi un sacré bon coup de moto !

Je n’ai finalement pas eu besoin de mes bidons supplémentaires. J’ai tablé sur un arrêt toutes les deux heures, soit un peu plus de 200km. J’ai refait le plein à chaque fois. Un pipi, un coup d’eau et le quart d’heure de pause était fini, ça passe très vite. Un rythme qui va pas mal je trouve.

Je n’ai jamais eu besoin de dépasser les limitations de vitesse. Calé à 140 km/h au compteur, ce qui fait 130 km/h réels sur la ténéré, on peut largement finir dans les temps. Rouler plus vite augmente la conso et la fatigue et n’apportera pas grand chose. De nuit, je me suis calé autour des 125 km/h et je ne perdais pas vraiment de temps sur ma moyenne.

Surtout, et plus que tout, rappelez-vous : la meilleure virée du monde est celle où tout le monde rentre vivant et entier ! Ne l’oubliez jamais avant de faire une manœuvre limite…

Petit bonus

Le petit bonus : une vidéo que j’ai faite, telle une production hollywoodienne, avec des gros moyens et suivi par une équipe de professionnels formés et entraînés… ( un bonus dans le bonus est à la fin de la vidéo ! )

1669 km résumés en 10 minutes…

2 pensées sur “Iron Butt « Saddle Sore 1600k » défi relevé !

  • 8 novembre 2019 à 20 h 12 min
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    Bravo pour ce défi !! dans le temps fin des années 70 il y avait les « Diagonales » ; même type d’organisation.
    Exemple de trajet : Brest-> Strasbourg.
    Bravo a toi !!

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    • 8 novembre 2019 à 22 h 37 min
      Permalink

      ça devait bien sympa à faire ! 🙂

      Répondre

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