Juin 2017, destination Ukraine pour un road trip:

Pourquoi l’Ukraine..

C’est un pays que je ne connais absolument pas, j’ai donc tout à y découvrir.   J’ai aussi envie d’être de nouveau très dépaysé, après être allé en Afrique du Sud en début d’année, je ne peux qu’exiger ça… Je reste donc fidèle à mon habitude, je me fixe une destination, à la rigueur un point de demi-tour, sans me l’imposer, et c’est bouclé. Surtout pas de réservation à l’avance, je ne regarde plus les guides divers de chaque pays non plus.  Au final , je préfère découvrir par moi même. Je rate peut être des choses, mais j’en découvre surtout d’autres qui n’appartiennent qu’à moi, tant au niveau du lieu que des gens. J’attaque donc la route début juin vers l’Est, j’ai quinze jours de congés.

Début du voyage

Le début se fera par l’autoroute Allemande, puis la traversée de la Tchéquie avec une nuit au camping près de Brno.  S’en suit la traversée de la Slovaquie par les montagnes, pour faire une dernière étape près de la frontière Ukrainienne.  Il y a peu de campings là où je m’arrête, et c’est un peu par dépit que je m’arrête le soir dans un camping quasi désert. C’est au bord d’un lac, qui, avec le ciel très gris et venteux, ressemble plus à un étang un jour de pêche en automne, qu’à un endroit de baignade idyllique…  Je n’y trouve personne à l’accueil, les sanitaires et douches sont fermés. Une de ces soirées où il ne se passe pas grand chose. Je monte la tente, pendant que les premières gouttes viennent me narguer en ruisselant sur sa toile. La nuit a été venteuse, mais globalement sèche. Au réveil, j’ouvre un oeil en même temps que la porte de mon château. Il est dans les cinq heures du matin et ma première vision au réveil sont les éclairs qui éclatent au loin, rendant mon étang encore plus sombre et triste que je ne l’ai vu la veille au soir.  Je décide de replier au plus vite pour éviter d’être trempé. quelques minutes après, c’est le déluge! Les éclairs éclatent dans un tonnerre impressionnant, la pluie coule à torrent et ceux-ci se formant à une vitesse incroyable partout sur le camping, pour aller mourir dans l’étang. J’arrive donc à la frontière Ukrainienne vers 7h du matin, il y a déjà une bonne vingtaine de voiture devant moi, je me mets dans la file, casque sur tête, et j’attends sous la pluie. La tableau ne fait pas rêver.. Une heure plus tard, pose ma trace de roue en Ukraine pour la première fois. 

photo montrant l'état désastreux des routes en Ukraine
une route courante en Ukraine

L’Ukraine

arrivée en Ukraine
frontière Ukrainienne

Tout de suite, je me rends compte que je suis VRAIMENT en Ukraine.
Depuis quelques années, les pays de l’Est ont tellement évolué qu’on n’a plus cette impression qu’on pouvait avoir dix ou quinze ans en arrière. L’impression d’être dans un pays de l’Est. En Ukraine, j’ai eu carrément l’impression d’un retour en arrière.
J’ai changé un peu d’argent à la frontière, puis acheté une carte sim a deux euros qui fonctionnera tout le long de mon séjour.
Je prends la direction de Lviv, un ville proche de la frontière, qui semble avoir de forts accents europpéens. Ensuite, je roulerai direction Tchernobyl, Kiev, puis retour.

La « route » Ukrainienne

D’habitude, je cherche des routes sympa sur  » dangerousroad.org » , c’est mon petit site de prédilection… En Ukraine, ça n’est pas nécessaire. La route goudronnée est presque pire que de la  » gravel road «  On peut trouver quelques centaines de mètres de route en état correct , puis d’un coup, se retrouver sur un champ de trous tous plus dangereux les uns que les autres. ils peuvent être petits comme faire la taille d’une bouche d’égoût, et faire trente centimètres de profondeur. rouler a plus de  soixante km/h dans ces conditions devient vraiment dangereux !
J’apprends aussi très vite la règle de conduite ici: C’est le plus gros qui a la priorité. Ici tout le monde évite au mieux les trous et fait sa trace sur la route. Si bien que le chauffeur du camion qui vient en face fait sa trace comme il peut, et si elle se retrouve sur ma trace, il n’aura de toute façon pas envie de perdre son élan ou de secouer son camion, c’est donc a moi de l’éviter…

Le motard Ukrainien

J’ai pris aussi une journée de route sur la grande route principale, la seule en bon état, direction Kiev. C’est à ma connaissance la seule route qui est réellement en bon état. Ce jour là, je vois au loin une moto arrêtée au bord de la route. Je m’arrête donc et c’est un couple de jeunes Ukrainiens qui voyage sur ce qui semble être une moto… J’hallucine. Une Dniepr hors d’âge, pourrie, rafistolée et bricolée de partout. Ils parlent quelques mots d’anglais et m’expliquent qu’ils s’arrêtent souvent parce que le moteur chauffe…  Le circuit électrique n’a pas de cosses ou de dominos, ce sont les fils torsadés entre eux et scotchés. Le moteur pisse l’huile de partout. Mais en tous cas, ils sont heureux. Ils respirent la joie de vivre. On compare nos motos et ils hallucinent autant que moi e voyant la KTM. Je le fais monter sur ma moto pour la photo et je le vois avoir des yeux énormes avec le tableau de bord électronique et la selle confortable, le trail moderne quoi.  Quand je monte sur sa moto pour la photo, mon effet est le même, en sens inverse et c’est pire que ce que je pensais: le guidon est tordu, les repose pieds pas au même endroit, la selle est une planche..

rencontre sur la route
un couple de motards Ukrainiens

Je sors une carte postale de Thionville, j’écris un petit mot en Français et en Anglais, que je leur offre. Sa compagne saute de joie de ce trophée venu de France, je n’aurais jamais cru qu’une simple carte postale puisse faire autant d’effet… Il a absolument tenu à m’offrir sa casquette, je m’en suis senti presque gêné… Puis je leur propose de les accompagner pour un bout de route, une dizaine de kilomètres avant de se séparer, où je pourrai profiter du son de son moteur et de son échappement en tuyau tordu, et admirer la danse de sa roue voilée sur la route. Quand nos routes se séparent, on se dit au revoir sur la route, avec de grands signes, et chacun reprend son chemin…  Rencontre éphémère, mais touchante, comme il arrive parfois sur la route.. Dans ces moments on se demande si on n’aurait as dû prendre plus le temps, ou si la magie de ces moments ce suffit à elle même…

Tchernobyl

Je voulais voir Tchernobyl. Pas visiter ou entrer, mais aller au moins au checkpoint et voir ce que c’est. C’est un symbole de ma jeunesse, j’en ai toujours entendu comme d’un endroit lointain dans le monde, mais là j’y suis. J’arrive donc un matin vers  neuf heures sur le parking. Il n’y a pas grand monde, et quelques panneaux expliquant ce qui s’est passé, l’histoire. Je m’attendais à quelques chose de plus impressionnant, de plus « dissuasif » . au bout d’un moment, un homme vient me voir et discute avec moi. Puis il me compliment sur mon niveau d’anglais, chose que je trouve logiquement louche… quelques instants plus tard, il me tend son prospectus et c’est en fait un rabatteur pour les sociétés qui font visiter le site. en fait, arrivé à presque dix heures du matin, Tout se met en place pour la journée de visites. Le char peint au logo de  » tchernobyl tour  » , les  » stands  » a l’arrière des voitures pour les visiteurs, avec quelques souvenirs et ce genre de choses…

Je me retrouve surpris et déçu de tout ça. En repartant, je croise des dizaines de minibus avec des feuilles au pare brise  » tchernobyl 1 , 2 , 3 etc.  » Le ballet des bus de touristes commence, et je me demande à qui profite l’argent de la très chère visite du site. qu’est-ce qu’on voit de la zone abandonnée quand on est une centaines de touristes à s’y promener? Bref, je suis déçu, je n’ai absolument pas envie d’y aller.

zone d'exclusion de Tchernobyl
entrée de la zone d’exclusion de Tchernobyl

Kiev

Je me rends à Kiev, en me disant que quitte à en être tout proche, autant visiter. Mais comme à chaque fois, je n’aime pas les capitales. Pour moi elles ne représentent pas ce qu’est un pays. C’est moderne, riche, l’avenue principale est remplie de boutiques de luxe comme dans chaque capitale, les monuments sont géants, impressionnants, soit. Mais je n’aime pas l’ambiance des grandes villes et leur impersonnalité.

Le mont Hoverla

Je décide donc de me mettre dès le lendemain sur la route du retour, en visant les montagnes. Je vais voir le mont Hoverla, le plus haut d’Ukraine. J’attaque donc la piste après avoir payé mon droit d’entrée, pour monter à un endroit où je me gare sur le parking, avec les bus et les voitures. Je marche quelques minutes au milieu des boutiques de magnets qui dessinent une rue commerçante entre le parking et le départ des chemins de randonnée. Je m’ennuie. Je sors ma carte routière et tel un guerrier, je décide de contourner la montagne. il y a un village derrière, une route semble aller jusque dans la forêt et je me demande ce qu’il peut bien y avoir au bout… Je vais aller voir…

Je me retrouve dans l’après midi a quitter la route pourrie, pour bifurquer vers des villages sur des routes encore pires. trente kilomètres plus loin, je passe le dernier village, la route continue en un chemin et j’ai envie de voir ce qu’il y a au bout. J’arrive sur une cabane de garde, et celui en me voyant me fait signe de venir. Il ne parle pas un mot d’anglais évidemment , mais je comprends qu’il y a une piste qui monte vers un refuge. Je comprends que je peux y aller, mais impossible de savoir si c’est loin, comment est la piste et combien de temps il faut. Je me dis que je reviendrai demain pour y monter tranquille.

En repartant, arrivé au bord de la route  » principale  » je fais le plein de la moto, et je me dis que j’aurais bien voulu voir ça quand même. J’achète donc un paquet de gateaux, 2 bouteilles d’eau en plus, et j’y retourne. Le garde semble surpris de me voir. Je lui paie le doit d’accès et j’attaque. Effectivement, a certains endroits la piste est une vraie piste forestière, pas un chemin de terre, et la ktm semble tout à coup bien lourde avec ses valises chargées..

Des rencontres

piste en Ukraine
piste en forêt Ukrainienne

12 km et 1h15 plus tard, j’arrive au sommet , au refuge. Le moteur de la ktm a très chaud. J’aperçois le refuge et juste a côté, une cabane où sont présents deux gardes. Le premier doit avoir une vingtaine d’années et ressemble à l’apprenti garde-chasse qu’est le second, le plus âgé. Ce sont eux qui « gèrent » le refuge qui est a quelques pas. J’entre pour m’inscrire sur le registre, je me retrouve dans une vraie cabane de vieux garçon, à l’odeur de tabac froid, une table en bois avec deux chaises, sur laquelle traînent quelques canettes vides. LA vie ici semble bien loin de la ville… 

garde Ukrainien sur la KTM
le garde du refuge posant fièrement sur la KTM

Le garde insiste pour monter ma moto dans sa cabane. Mais pour y monter, il y a quattre marches et ils veulent mettre une planche, puis pousser ou porter la moto. A force d’insistance, j’obtiens de la laisser garée derrière leur 4×4 ( un véhicule hors d’age qui est bien sûr garé en pente). Apparemment, a cet endroit, elle ne craint rien non plus. A mon avis, elle ne craindrait rien non plus au milieu du chemin, ou devant le refuge, puisque seuls quelques marcheurs passent ici, l’endroit est tout sauf touristique. La garde me fait visiter le refuge. Un refuge tout en bois. au rez de chaussée, une salle immense, vide. A l’étage, le dortoir, fait de séparation en bois, d’une longueur bien inférieure a la mienne, dans laquelle j’essaierai de caser mon sac de couchage et moi même pour dormir..

rencontre au refuge avec des Ukrainiens
de belles rencontres au milieu de nulle part

Le soir venu, je rencontre un groupe de deux couples qui sont là en randonnée. Leurs vacances, c’est de venir chaque année faire trois jours de randonnée ici. Enfin à ce que j’ai compris. Leur anglais se limite à  » hello  » et  » thank you  » , en gros. Mais par la force des choses, nous passons la soirée ensemble, sur l’unique table qui est dehors a côté du refuge, et commençons la séance de mimes pour faire connaissance… Pendant l’apéro, j’aurai droit à toutes les photos de toutes les familles de chacun, mais ils sont vraiment joyeux et adorables ! 

Pour le repas, nous allons partager le peu que j’ai, avec le beaucoup plus qu’ils ont.. Pour finir après manger par goûter de la mirabelle, que je garde toujours en cas de  » coup dur  » dans ma fiolle, et je goûterai trop de whisky Ukrainien. Je ne suis déjà pas fan de ce breuvage, mais alors Ukrainien, encore moins ! Toujours est-il que tard le soir, on commence à bien se comprendre et leur niveau d’anglais augmente au fur et a mesure que la bouteille diminue! Ils osent des  » glou glou good !!  » qui nous font bien rire, et j’ai l’impression que je commence a comprendre l’ukrainien de refuge ! 

dortoir dans un refuge ukrainien
dortoir de luxe…

Au final , nous passerons une super soirée. Les cartes postales de ma ville Française ont fait leur effet aussi, dans ce moment et cet endroit absolument improbable, dont j’ignorais même l’existence un jour avant!  Le lendemain, je ferai le chemin en sens inverse et me dirigerai vers la route du retour à la maison…  

piste en forêt en Ukraine
la piste se complique

Alors que je commençais un peu à m’ennuyer, parce que visiter et rouler c’est joli, mais sans rencontres c’est fade, la providence m’a fait monter à ce refuge et passer ce moment improbable.  

Clap de fin !

Je garde finalement un excellent souvenir de ce voyage. La vie est très peu chère en Ukraine, et on devient vite radin au retour !  Les gens sont plus difficiles à aborder aussi. Je ne sais pas si la barrière de la langue y était pour beaucoup, mais j’ai trouvé qu’ils ont plus de difficultés à venir vers quelqu’un. en voyageant seul, quand je m’arrête boire un café quelque part, très souvent les gens viennent discuter pour savoir d’où je viens, où je vais, ce que je fais là. Mais en Ukraine non.

  J’en retiens aussi une théorie qui s’est toujours vérifiée: c’est là où il n’y a rien qu’il y en a le plus. C’est quand j’ai décidé d’aller voir ce qu’il y avait au bout de la route où il n’y avait plus rien, qu’il y en avait le plus, a voir et à vivre!  

Une pensée sur “Ukraine, juin 2017

  • 3 novembre 2019 à 8 h 55 min
    Permalink

    Comme quoi les impressions ressenties par l’un ne sont pas les même que celles ressenti par l’autre. Nous avons (mon épouse et moi en 1300PAN) fait un tout petit passage pas le petit bout sud ouest de l’Ukraine en 2018. Pour des raisons trop longues à expliquer ici, nous ne pouvions pas y rester longtemps. Ce bout d’Ukraine nous a enchanté tant en paysages qu’en accueil des ukrainiens. La preuve en est qu’à la frontière je n’ai pas pu changer d’argent. À Izmaïl, à la première station service venue je me suis arrêté pour demander où je pourrai faire du change. Mais les deux employés ne parlaient pas un seul mot d’anglais. Un monsieur est arrivé en voiture pour faire le plein, puis il s’est approcher et a demander en anglais ce que je voulais. Il m’a fait signe de monter dans sa voiture et il m’a emmené dans une banque. Laquelle ne faisait pas change. Il a alors appelé sa femme et me l’a passé. Elle parlait très l’anglais alors que lui c’était limité. Elle m’a alors expliqué que son mari allait faire ce qu’il fallait pour le change. Nous sommes alors partis dans Izmaïl. Nous nous sommes arrêtés dans une rue commerçante et m’a fait comprendre de l’attendre. Quelques minutes plus tard il est revenu avec un monsieur qui m’a demander ce que je voulais changer. Il a sorti une énorme liasse de billet et m’a fait le change. À un taux correct. Puis nous somme remontés en voiture et retour à la station où mon épouse attendait et commençait à se faire un peu de soucis. Avant de se quitter le monsieur m’a remis sa carte en ukrainien et en anglais. Il était et je suppose qu’il l’est toujours,
    négociant en céréales.
    Puis au bord du delta du Danube où nous nous étions arrêtés pour faire des photos de cet endroit magnifique, un couple en 4×4 blanc est passé, nous a vu et a fait demi tour pour venir nous parler. Ils rouaient en custom Suzuki. Alors voilà, mon ressenti de l’abord des ukrainiens est plutôt positif.

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